Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Étudiant

Le théâtre comme langue commune

Chaque année, les diplômes universitaires Passerelles Exil Panthéon-Sorbonne (PEPS) et Sorbonne Alliance (SA) permettent à des étudiantes et étudiants en exil de reprendre leurs études.

Le mercredi 6 mai, ils ont investi l’amphithéâtre Richelieu pour une soirée de restitution artistique organisée avec le soutien de la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC).

Une soirée pour montrer le chemin parcouru  

Le temps d’une soirée, les étudiantes et étudiants de la cinquième promotion des DU Sorbonne Alliance et PEPS sont montés sur scène pour présenter le fruit d’une année de travail. Théâtre, musique et écriture créative, jusque-là travaillés en cours, ont cette fois trouvé leur place devant le public.  

« Chaque année est super parce qu’on rencontre des personnes et des personnalités différentes », confie Emmanuel Charrier, le responsable pédagogique de ces deux formations. Journalistes, artistes ou professionnels avant d’être contraints à l’exil, pour ces étudiants, monter sur scène et s’exprimer en français, devant leurs proches, représente donc bien plus qu’un exercice linguistique.

« Il y a des parcours quand même très compliqués », rappelle Emmanuel Charrier.

Le public a ainsi pu être témoin d’un travail qui a commencé bien en amont. Lors d’ateliers d’écriture créative, les étudiants ont exploré la langue française par le chemin de l’imaginaire et de l’intime. « On écrit avec soi, même si on n’a pas besoin de parler de soi », explique le professeur d’écriture créative, Loïc Brunstein. Pendant plusieurs mois, le rêve était le fil conducteur des séances, une raison de jouer avec les mots et de se surprendre, d’oser. Dans la pratique, les téléphones ont pu servir de passerelle, on écrivait d’abord en perse ou encore en ukrainien pour ensuite traduire en français.

Pour le théâtre, deux approches ont été explorées. Le DU PEPS a noué un partenariat avec le Théâtre du Rond-Point pour permettre aux étudiants de rencontrer l’équipe artistique et de travailler sur des extraits de L’Apocalypse d’Adam et Aimée, un spectacle qui se construit autour de l’œuvre d’Aimé Césaire.  
Les textes ont été choisis « là où la langue n’est pas trop complexe », précise Sophie Gubri, comédienne metteuse en scène et professeur de théâtre de formation. Pour le DU Sorbonne Alliance, l’inspiration a été tirée d’Eugène Ionesco et du théâtre de l’absurde. « On a décidé de s’en inspirer pour que les étudiants écrivent eux-mêmes leurs pièces », raconte Amina, leur professeure de théâtre. Cette dernière explique également que les étudiants se sont montrés curieux et n’ont pas hésité à choisir de travailler sur un plan philosophique ou métaphorique, « ils ne sont pas allés vers la facilité. »

« Le théâtre c’est une thérapie pour moi, j’aime faire passer des messages et communiquer mes émotions avec. », confie Selim, une étudiante syrienne du DU PEPS.

Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne

Entre Ionesco et Aimé Césaire

La soirée s’est ouverte avec la prestation théâtrale du groupe d’étudiants du DU Sorbonne Alliance sur l’œuvre La classe est une pièce de théâtre, une pièce qu’ils ont eux-mêmes écrite, inspirée de leur quotidien d’apprenants. Dans cette pièce, on rit du retard avec notamment une scénette construite entièrement autour d’expressions imagées de la langue française qui provoquent plusieurs éclats de rire face aux « ne me raconte pas des salades », « j’ai quelque chose sur le feu », « les carottes sont cuites » : la langue française devient matière à jeu. Les étudiants ont ensuite pu lire leurs textes d’écriture créative, fruit du travail en classe avec leur enseignant Loïc Brunstein. La pièce s’est achevée sur un interlude musical et trois chansons : Le temps des fleurs chanté en français, en persan et en espagnol, puis Aux Champs-Elysées et California Dreamin’.

Le deuxième groupe, celui du DU PEPS, est ensuite arrivé sur scène habillé en noir et a changé l’atmosphère avec une pièce basée sur des extraits de L’Apocalypse d’Adam et Aimée, elle-même inspiré d’Aimé Césaire et notamment du Cahier d'un retour au pays natal, mêlés à des poèmes français étudiés en début d'année.  

Après la représentation, dans la cour du centre Sorbonne, Sophie est revenue sur cette année universitaire avec positivité et bienveillance. « On arrive à les amener sur scène, à raconter une histoire. Ça m’émeut à chaque fois. », confie-t-elle.

Les DU sont ouverts et accessibles aux personnes ayant le statut de réfugié, demandeuse ou demandeur d’asile ou sous protection subsidiaire ou temporaire qui souhaitent ensuite poursuivre leurs études dans un établissement d’enseignement supérieur en France et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

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